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So u venir s d 'un chevau -leger
de la Garde du roi
Louis René Belleval
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SOUVENIRS
D’UN
CHEVAU-LEGER
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EVBEUX, IMPRIMERIE DE A. HÉRISSEY
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SOUVENIRS
D’UN
CHEVAU-LEGER
VE Lai Gc4‘RJ)E VV ‘HOI
PAB
LOUIS-RENÉ DE BELLEVAL
MARQUIS DE BOIS-ROBIN , MESTRE DE CAMP DE CAVALERIE
LIEUTENANT DES MARÉCHAUX DE FRANCE POUR ABBEVILLE ET LE PONTHIEU
LIEUTENANT GÉNÉRAL AU GOUVERNEMENT DES VILLE ET DUCHÉ D’AUMALE
CHEVALIER DE SAINT -LOUIS
PUBLIÉS
VcA\ \EWIÉ VE TSELLEVtAL
Son arrtèrc-petll-fils
PARIS
AUG. AUBRY, LIBRAIRE-ÉDITEUR
RUE DAUPHINE, 16
M DCCC L X V I
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AVANT-PROPOS
Louis-René de Belleval naquit au Bois-Robin
le 4 mars 1741. R était le seul fils de « noble sei-
gneur messire Léonor-Chrétien-René de Belleval ,
chevalier, marquis de Bois-Robin , seigneur dudit
lieu, Digeon , Duranval et autres lieux, mousque-
taire de la garde du roi, et de noble dame Marie-
Ursule de Pingré de Fricamps. » Il n’élait âgé que
de douze ans quand il perdit son père le 19 avril
1753. R serait superflu d’entrer ici dans le détail
de sa vie. On le trouvera à chaque page des Souve-
nirs que nous publions , depuis l’acte d’émancipa-
tion de tutelle du 11 octobre 1757, qui fit du mar-
quis de Belleval un homme et lui ouvrit la carrière
des armes dans laquelle s’étaient distingués ses
aïeux.
La Révolution trouva le marquis de Belleval à
Abbeville, où il remplissait avec zèle ses fonctions
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délicates de lieutenant des maréchaux de France.
Cette charge ayant été supprimée en 1792, il rentra
dans la vie privée; mais les événements se succé-
daient avec rapidité, et il n’eut pas le temps de
jouir du repos auquel il aspirait. Fort heureuse-
ment pour Abbeville, le commissaire de la Conven-
tion, André Dumont, quoique régicide, était un
homme d’un caractère moins cruel que ses collè-
gues et qui s’honora par la modération rare et
périlleuse pour lui qu’il déploya dans l’exercice
de ses toutes-puissantes fonctions. L’échafaud
révolutionnaire ne fut jamais dressé à Abbeville,
et pas une goutte de sang innocent n’y fut répan-
due. Les gentilshommes avaient été arrêtés pour
la forme et enfermés dans la maison commune,
dans la maison d’arrêt et dans l’hôtel de Selin-
court, sur la place Saint-Pierre; le marquis de
Belleval fut arrêté au mois de septembre 1793 et
réuni aux autres prisonniers , tous ses parents ou
ses amis, avec lesquels Dumont se montrait sévère
et brutal en public , tout en les faisant assurer en
secret de sa protection qui ne leur manqua pas un
seul instant.
Le 9 thermidor ouvrit toutes les prisons, à Abbe-
ville du moins; remis en liberté, M. de Belleval
retourna demeurer dans son hôtel avec sa femme
et ses deux enfants, et ne quitta plus Abbeville,
où il était aimé et respecté tant à cause des fonc-
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VII
tions importantes qu’il y avait remplies pendant
de longues années que pour son mérite personnel
et ses qualités. Quand Bonaparte, premier consul,
traversa Abbeville en visitant les ports de la Man-
che, en 1803, M. de Belleval fut choisi par ses
concitoyens pour commander la garde d’honneur
qui escorta le premier magistrat de la République.
Sa prestance martiale et sa croix de Saint-Louis
attirèrent l’attention du premier consul, qui le
questionna assez longuement et avec intérêt sur
ses services militaires.
Le marquis de Belleval avait perdu sa femme
le 17 juillet 1805 : il lui survécut de bien peu et
fut tué par la foudre en chassant à Coquerel-sur-
Bailleul, le 22 août 1807; il n’était âgé que de
soixante-six ans.
Le surlendemain fut inhumé dans le cimetière
de Bailleul-en-Vimeu, sans pompe et sans éclat,
« le citoyen Louis- René Belleval -Bois -Robin,
ancien militaire. »
Voilà les seuls titres que quinze ans de révolu-
tion eussent laissé à « haut et puissant seigneur
messire Louis-René de Belleval, chevalier, mar-
quis de Bois-Robin et de Longuemort , châtelain
de Bailleul-en-Vimeu, pair du Ponthieu, seigneur
et vicomte d’Émonville-Chepy, seigneur de Belle-
val, Bois -Robin, Digeon, Caügny, Duranval,
Montval, Coquerel-sur-Bailleul, Despots, Bul-
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VIII
leux , Fresnel , Visquemont , Boispoulain , ' des
Mourettes, Bailleul, Caron, Sénéchal, Bréquemou-
lin, Corbillon et la Couture, seigneur et patron
d’Escles et de Frettemeule, mestre de camp de
cavalerie, lieutenant des maréchaux de France au
département d'Abbeville et de tout le Ponthieu,
lieutenant général au gouvernement des ville et
duché d’Aumale, l’un des deux cents chevau-
légers de la garde ordinaire du roi, chevalier de
l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. »
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1758
J’avois douze ans quand je perdis mon père, de sorte
que je ne me le rappelle que bien peu. Il n’étoit d’ail-
leurs point des mieux avec ma mère et il vivoit le plus
souvent à Aumale dans une maison qu’il avoit achetée.
11 n’avoit servi que six ans dans la deuxième compagnie
des mousquetaires de la garde du roi et avoit quitté
l’année d’après son mariage qui arriva en 1737 *. Il
avoit fait de grandes dépenses, vécu dans le désordre
qui étoit à la mode encore plus en ce temps-là qu’à pré-
sent, et n’avoit guères plus de quarante ans quand il
mourut *, de sorte que nous vivions assez petitement et
que ma mère en a pris depuis l’habitude d’amasser le
plus qu’elle pouvoit pour réparer les dépenses que mon
père avoit faites. M. le bailli d’Aumale m’ayant éman-
cipé d’âge le 1 1 octobre 1757, ma mère rendit ses comptes
i Le 3 septembre.
< Le 49 avril 4753.
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de tutelle, le 45 de mars 4758, à mes curateurs qui étoient
M. de Pierrecourt 4 , M. de Bovelles * et M. de Fricamps s ,
représentés par mon cousin le chevalier de Floriville, et
M. de Roupied 4 . Je me souviens que j’y assistois portant
pour la première fois l’épée de mon père que ma mère
avoit rachetée à la vente de ses hardes et qui avoit une
poignée d’argent fort bien travaillée. J’en étois très-fier
et aussi parce que l’on me traitoit en homme, car je n’a-
vois que dix-sept ans. Quand les comptes furent rendus et
signés, on se mit à débattre ce que l’on feroit de moi.
Tous mes ancêtres avoient servi le roi dans ses armées et
personne ne douta que je ne dusse en faire autant. L’on
n’étoit pas d’accord seulement sur la manière dont je ser-
virois. M. de Bovelles, qui étoit sous-brigadier dans la
même compagnie des mousquetaires où avoit servi mon
père et qui y avoit servi avec lui , s’offroit à se charger
de moi ; le chevalier de Floriville, qui étoit sous-brigadier
et porte-étendart dans les chevau-légers de la garde ordi-
naire du roi et qui y avoit son frère, vouloit m’avoir avec
lui, promettoit d’avoir soin de moi et disoit que je serois
camarade avec beaucoup de gentilshommes de Picardie que
ma mère connoissoit pour la plupart , ce qui seroit plus
* liOuis-François de Saint-Ouen, chevalier, seigneur de Pierrecourt,
de Gourchelles et de Pellevert, etc.
* Louis- François -Pierre Pingré, chevalier, seigneur de Boves, Bo-
velles , etc. , sous-brigadier de la seconde compagnie des mousque-
taires de la garde du roi , chevalier de l’ordre royal et militaire de
Saint-Louis.
3 Pantalèon Pingré, chevalier, seigneur de Fricamps, la Houssoye, etc.
* André-Claude de Normanville, chevalier, seigneur de Roupied, etc.
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